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Les taux ne sont pas le premier critère pour les pros

« Les taux ne sont pas le premier critère pour les pros »

 

Pour Pierre-Michel Monneret, associé de RSM, les taux ne sont pas un paramètre prépondérant dans la décision des professionnels de souscrire un crédit pour acheter de nouveaux locaux.

(Le journal du Dimanche) L'évolution des taux de crédit immobilier à destination des professionnels diffère-t-elle, selon vous, de celle des particuliers ?

(Pierre-Michel Monneret) Non, je crois que l'on est à peu près sur les mêmes tendances. Comme beaucoup, j'imaginais une remontée des taux en ce premier semestre, mais il semble que l'évolution sur l'année soit plutôt favorable. On va donc probablement rester sur les mêmes bases. Il n'est pas exclu que l'on assiste à une légère baisse, si les banques accélèrent leur volonté de se concurrencer.
 

(LEJDD) Ces taux bas incitent-ils les professionnels à investir dans l'immobilier?

(PMM) Pas forcément. Bien sûr, les taux comptent dans leur prise de décision. Mais moins que pour un particulier, par exemple. Il y a certes un aspect psychologique important, un peu comme si des soldes géants se prolongeaient. Mais les professionnels rationalisent et nous les aidons à le faire. Nous avons, par exemple, calculé le coût d'un emprunt de 500 000 euros sur treize ou sur seize ans, avec des taux variant de quelques dixièmes de point. Sur treize ans, entre 1,50 et 1,20 %, l'écart de remboursement mensuel n'est que de 66 euros: on paie respectivement 3 529 et 3 463 euros. Sur seize ans, il n'est que de 67 euros: on rembourse 2 930 et2 853 euros. Si l'on regarde maintenant ce que changent les mêmes taux sur la durée, on s'aperçoit que l'on paie 600 euros de moins dans les deux cas,avec les chiffres cités plus haut. Ce que l'on peut en déduire, c'est que l'écart de taux après une bonne négociation change peu l'échéance mensuelle en trésorerie, par rapport à un rallongement du prêt. Donc, les taux ne sont pas les premiers critères de choix pour les professionnels.

(LEJDD) Qu'est-ce qui va alors favoriser ou freiner la décision d'investissement?

(PMM) Le professionnel, lui, va notamment faire ce choix en fonction de ses perspectives de développement. Et le problème, c'est que celles-ci sont de plus en plus incertaines. Doit-il déménager pour plus grand? Plus petit? Plus central ? Par rapport à ces questions, le choix d'acheter ou de louer passe presque au second plan.

(LEJDD) De ce point de vue-là, peut-on considérer que les choses sont en train d'évoluer?

(PMM) Ah oui, c'est flagrant ! Il y adix ans, les entreprises avaient beaucoup plus de visibilité. Aujourd'hui, hormis des avocats, des médecins, des professions libérales, qui arrivent encore à avoir une vision à plus long terme, c'est très compliqué. D'autant que beaucoup de nouvelles questions se posent : de quelle manière l'intelligence artificielle va-t-elle influer sur le nombre de salariés, par exemple ?

(LEJDD) Cette question du digital est au cœur de leurs interrogations sur le sujet ?

(PMM) Bien sûr. L'évolution numérique est nécessaire pour rester compétitif, mais on la lance parfois sans savoir jusqu'où elle va nous emmener. Et plus globalement se pose la question des nouveaux modes de travail. Proposer aux salariés un cadre qui leur donne envie de travailler est un levier majeur pour les attirer et les garder, deux éléments de plus en plus complexes à maîtriser.

Entretien avec Pierre-Michel Monneret paru dans Le journal du Dimanche du 24 mars 2019